[Webinaire] Filières bio territorialisées : présentation et analyse

Après un premier webinaire de présentation générale des filières agro-alimentaires, les collectivités membres du projet « FilTerBio – filières bio territorialisée » soutenu par l’Office Français de la Biodiversité, ont pu assister à un second webinaire présentant les particularités de ces filières par rapport aux filières agro-alimentaires traditionnelles.

Une filière bio territorialisée, c’est quoi au juste ?

Ce n’est pas une filière longue nationale, ni un circuit-court (ex : magasin de producteurs)

C’est un partenariat qui lie des opérateurs d’un même territoire (département, sous-région) autour d’une ambition de relocalisation, aussi poussée que possible, de l’ensemble des maillons nécessaires à la fabrication d’un produit alimentaire.

Ces filières mettent l’accent sur la proximité d’objectifs voire de valeurs entre les différents maillons et se fédèrent autour :

  • D’une ambition de transparence d’engagement mutuel fort
  • De juste rémunération de chaque intervenant de la filière
  • De pratiques agricoles et de transformation/stockage/collecte qui valorisent des savoir-faire spécifiques ou recherchent des impacts positifs sur leur environnement proche

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Le réseau FNAB accompagne une cinquantaine de filières de ce type, aux 6 coins de l’hexagone et sur des productions variées :

  • orge brassicole,
  • légumineuses,
  • betteraves sucrières,
  • blé-farine-pain,
  • chanvre,
  • plantes aromatiques,
  • volaille,
  • porc…

Quels acteurs sont engagés dans des filières bio territorialisées ?

Bien souvent, ces filières sont à l’initiative de producteurs, qui y voient l’opportunité de se recentrer sur leur cœur de métier, la production. En cela, la dynamique est très différente de celles des circuits courts, où le producteur porte plusieurs casquettes, celle de producteur, mais aussi de commercial, de livreur etc.

Les rôles des maillons situés à l’aval de la production (collecte, stockage, transformation, distribution, commercialisation…) sont donc généralement joués par d’autres types d’acteurs spécialisés sur ces actions. Il peut s’agir d’acteurs locaux ou de plus grande envergure (filiales de grands groupes, acteurs académiques…).

Cette réunion d’une diversité d’acteurs fait des discussions sur les modalités de partenariats et sur la contractualisation entre ces acteurs des étapes fondamentales dans le projet de filière.

Comment accompagner l’émergence d’une filière bio territorialisée ?

L’accompagnement de ces filières est crucial, particulièrement aux phases d’émergence et de structuration.

Les premières étapes de définition du projet sont chronophages. Ces temps d’interconnaissance des partenaires, de définition des objectifs communs, des moyens de les atteindre sont pourtant très importants puisqu’ils vont permettre de construire toute la stratégie qui va servir de colonne vertébrale au projet. La présence d’un tiers pour porter le projet est donc souvent la bienvenue pour :

  • Éviter aux futurs membres de la filière d’investir trop de temps sans visibilité sur les suites du projets.
  • Éviter que la filière soit « tenue » par un partenaire qui projette sa vision de la filière aux autres.

Cet accompagnement peut être réalisé par des réseaux agricoles que ce soit :

  • Syndicats de producteurs (FNAB, CIVAM),
  • Les chambres d’agriculture,
  • Les CUMA (organisations de partage de matériel agricole)

Les collectivités peuvent aussi s’impliquer dans cet accompagnement 

Un exemple de filière bio territorialisée : De la Terre à la Bière

« De la Terre à la Bière » est une association qui regroupe aujourd’hui :

  • 75 fermes bio pour 700 hectares et 1500 tonnes d’orge collectées
  • 20 brasseries/distilleries/malteries

C’est une filière extrêmement dynamique puisqu’en 2006, lors de sa création, elle regroupait une dizaine de fermes et une dizaine de brasseurs.

L’objectif de cette association est « d’œuvrer pour le développement et la structuration d’une filière brassicole biologique bretonne, de la parcelle jusqu’au verre »

Ils s’occupent donc :

  • De la production de céréales
  • De la collecte des céréales sur les fermes
  • De la transformation des céréales en bière
  • Et de la commercialisation
 

Cette filière a démarré grâce à la convergence de 2 besoins :

  • D’un côté, plusieurs brasseries artisanales locales qui voulaient être approvisionnées en orge brassicole bio
  • D’un autre côté, des producteurs bio bretons qui cherchaient à diversifier leurs productions
 

Cette filière est aussi particulièrement intéressante pour les collectivités membres du projet « FilTerBio – Filières Bio Territorialisées » car elle a été accompagnée par la puissance publique locale. En effet, l’émergence et la structuration de l’association « de la Terre à la Bière » ont été partiellement financées par le Conseil Régional de Bretagne.

Le réseau FNAB, et particulièrement la FRAB Bretagne, a accompagné le nécessaire travail de concertation des acteurs et de structuration du groupement dans la phase d’émergence de cette filière. La FRAB a pu transmettre son expertise et animer les discussions concernant les attendus en termes de :

  • qualité de la production agricole,
  • méthodes de récolte,
  • stockage,
  • maltage,
  • recherche de financements
  • rémunération des différents maillons de la filière.

Au printemps 2006, après plusieurs essais de production et de transformation, les premières bières à base d’orge bio bretonnes ont été brassées et cela a scellé la création officielle de l’association. 

Aujourd’hui, l’association « de la Terre à la Bière » fait essentiellement

  • de l’animation, en mettant de l’huile entre les différents rouages de la filière
  • un peu de communication

Mais elle ne porte aucun investissement. Chaque acteur de la filière gère ses propres outils et investissements.

Une des particularités de cette filière bio territorialisée c’est qu’elle fait appel à Agrobio Pinault, une filiale du groupe Eureden qui s’est investie sur la mise en place d’un cahier des charges propre à l’association sur la production d’orge brassicole bio, pour définir les règles :

  • de production,
  • de récolte,
  • d’enlèvement
  • de mise aux  normes des grains.

Autre élément intéressant : tous les maillons de cette filière n’étaient pas originellement présents sur le territoire breton. L’orge a d’abord été transformé dans des malteries situées dans une autre région jusqu’à ce que 2 malteries voient le jour en 2017 et 2019 et qu’un partenariat soit mis en place avec les membres de la filière « de la Terre à la Bière ».

Comme nous l’avons évoqué, le sujet de la contractualisation entre les différents maillons est crucial pour ces nouvelles filières. Dans le cas de « de la Terre à la Bière », les coûts de production et de transformation sont discutés collectivement puis les contrats sont réalisés en direct entre producteurs et collecteur, puis entre collecteur et brasseur ou collecteur et malteur.

Quels sont les plus gros freins auxquels sont confrontées les filières bio territorialisées émergentes ?

Les filières bio territorialisées font face à plusieurs freins qui bloquent leur développement sur l’ensemble du territoire français :

  • Une difficulté d’identifier les porteurs de projets de filières de ce type
  • Un manque de financement pour les premières étapes d’émergence et de construction d’un projet commun, notamment pour l’ingénierie financière
  • Un manque d’outils de stockage, de première transformation et plus généralement d’outils de transformation semi-industriel (entre l’artisanat et la production de masse)
  • Les difficultés à construire un prix juste et à aboutir à une contractualisation transparente pour l’ensemble des maillons des filières.

Quelles sont les principales conditions de réussite et de développement des filières bio territorialisées ?

Parmi les filières bio territorialisées accompagnées par le réseau FNAB, on note quelques points communs entre les projets qui réussissent et se développent :

  • Un temps conséquent consacré à la phase d’émergence et de structuration de la filière
  • Un travail d’outillage des producteurs au calcul de leur prix de revient ainsi qu’à la contractualisation
  • L’obtention de financement pour la phase d’expérimentation (culture, stockage, transformation…)
  • L’accord de l’ensemble des partenaires pour renouveler les formes de coopération, en cherchant d’abord à travailler avec des acteurs locaux produisant des produits ou des services de qualité.

Le projet « FilTerBio – Filière bio territorialisée » est soutenu par l’Office Français de la Biodiversité

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