La sociologie au service du changement en agriculture

Connaitre les agriculteurs de son territoire pour des actions de transition agroécologique efficaces

Alors que les collectivités territoriales investissent le champ agricole et s’engagent dans des politiques de transition agroécologique, pourquoi les mêmes politiques locales ne produisent-elles pas partout les mêmes effets ? Quels sont les éléments qui ont échappés à la conception du projet ? Comment construire autrement qu’à tâtons des politiques locales efficaces pour favoriser le changement en agriculture ?

Deux outils d’aide à décision, OPAAL et Sensibio, développés respectivement par Bio Nouvelle-Aquitaine et Bio en Haut-de-France, tentent de répondre à ces questions. Ils sont destinés aux collectivités territoriales qui souhaitent mieux connaitre les agriculteurs de leur territoire (leurs besoins, projets, contraintes, envies…à afin de définir des plans d’actions agricoles à même de les mobiliser et de les accompagner dans leur transition agroécologique.

Ces outils mettent en lumière les déterminants subjectifs des producteur.rices lorsqu’ils abordent une décision de changement de modèle de production. Alors que les freins structurels peuvent être significatifs (outils, bâtiments, débouchés, rentabilité…), ce sont fréquemment les freins socio-psychologiques qui sont les plus importants à appréhender. Et les actions mises en place par les collectivités locales échouent parfois à impacter le monde agricole, notamment lorsqu’il y a inadéquation entre le type d’actions proposées et les envies et besoins des agriculteurs du territoire.

Les outils OPAAL et Sensibio permettent aux collectivités d’avoir une meilleure connaissance du monde agricole afin de définir ou recadrer leurs programmes d’actions.

OPAAL : développer un plan d’actions agroécologique adapté aux différents rythmes de transitions présents sur le territoire

 

L’Outil pour l’adaptation à l’agriculture locale (OPAAL) développé par Bio Nouvelle-Aquitaine en 2015 a pour postulat que tous les agriculteur.rices peuvent passer en bio, mais chacun le fera à son rythme, par son propre chemin. OPAAL permet de définir ou recadrer un programme agricole territorial global.

Il vise à identifier la manière dont les agriculteur.rices peuvent percevoir le changement de pratiques et les facteurs externes qui les influencent en fonction de quatre profils socio-psychologiques établis selon 2 axes : les tendances personnelles et l’insertion territoriale. Cette caractérisation passe par des enquêtes et des restitutions mais va au-delà du simple diagnostic : plusieurs temps de concertation entre élu.e.s, agriculteur.rices et partenaires sont nécessaire à la co-construction d’un projet partagé.

OPAAL est une opportunité pour les collectivités de réfléchir « en conscience avec les profils d’agriculteurs sur le territoire et contribue à créer une dynamique » (élu participant à un diagnostic OPAAL) pour la définition de programme et politiques de transition agroécologique.

Jusqu’à présent l’outil a été mis en œuvre sur une diversité de territoires français (voir carte). Ce travail a eu pour effet de définir ou redéfinir un programme d’action agricole territorial, et parfois de servir de base à la définition d’une nouvelle MAEC territoriale. Ainsi, mettre en œuvre OPAAL permet de mieux appréhender le secteur agricole de son territoire mais il est aussi l’occasion de créer des espaces de concertation mobilisables par la suite pour le développement de toute politique locale en lien avec les enjeux agricoles et alimentaires.

Sensibio : savoir d’où on part pour se fixer des objectifs de conversion à la bio

L’étude territoriale de sensibilité à l’agriculture biologique (Sensibio) vise aussi à mettre en lumière les profils d’agriculteur.rices sur un territoire donné et d’identifier leur propension à évoluer vers l’agriculture biologique. Cet outil de diagnostic plus axé sur la bio est adapté pour avoir un premier aperçu sur la sensibilité à l’AB du monde agricole de son territoire, ou pour répondre à un enjeu spécifique fort, une volonté politique affichée sur la bio, une zone particulière à convertir en bio etc.

Il se base sur deux typologies : la représentation que se font les agriculteur.rices de leur métier et la perception qui peuvent avoir de l’agriculture biologique (depuis « la bio, je n’y crois pas » jusqu’à « la bio, pourquoi pas »).

La première typologie révèle quelles peuvent être les clés d’entrée pour que les collectivités agissent intelligemment auprès des agriculteurs. En effet, puisqu’une intervention n’a que plus de valeur si elle correspond aux préoccupations de celui/celle qui la reçoit, adapter les actions ou leur communication, en fonction des profils de cette typologie, n’aura que plus de chance de susciter l’intérêt des producteur.rices présent sur le territoire.

La deuxième se concentre sur la sensibilité à l’environnement et la représentation de l’agriculture biologique. Croiser ces deux typologies permet donc de savoir d’où l’on part en termes d’intérêt et propension à la conversion bio et aussi d’identifier les actions qui permettront d’atteindre les objectifs de conversion bio que la collectivité s’est fixés. C’est aussi l’occasion d’évaluer la faisabilité  des objectifs politiques affichés et lorsque c’est nécessaire de les adapter aux dynamiques de changement en faveur de la bio identifiées sur le territoire.

Lancé en Hauts-de-France, Sensibio a déjà enquêté plus de 200 agriculteurs de la région et sa mise en œuvre se diffuse dans le reste de la France (Grand Est, en Normandie, Bourgogne, Loire Atlantique, Aude…).

Quel outil privilégier ?

Comme présenté précédemment, Sensibio est un outil qui est axé sur l’agriculture biologique et permet d’identifier les actions à mettre en place localement pour accompagner la conversion à la bio des agriculteur.trice.s. Ainsi, cet outil sera à privilégier dans le cadre de conception de plan de développement de la bio. Il peut aussi servir au suivi de la mise œuvre de politiques agricoles locales. Enfin, la méthodologie implique un nombre limité d’étape (préparation de l’étude avec la collectivité, entretiens, analyse et restitution) et le nombre d’entretiens nécessaires peut être limité.

OPAAL est un outil plus conséquent à mobiliser lors de la définition d’un projet de transition agroécologique territorial, qui intègre notamment la question de l’agriculture biologique. De ce fait, il peut être mis en œuvre auprès de tous les agriculteurs, qu’ils soient dans une démarche environnementale ou pas. Ce diagnostic a lieu qu’une seule fois et comprend un plus grand nombre d’étape du fait de la dimension de concertation qu’il intègre avant la restitution. Le nombre d’entretien est aussi plus important pour s’assurer d’une bonne pertinence statistique.

Pour en savoir plus, contactez le groupement bio de votre territoire.

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