Du foncier public pour tester les grandes cultures en bio

La zone test du Raquet, ce sont des parcelles propriété d’une collectivité locale, Douaisis Agglo, mises à disposition pour permettre aux agriculteurs conventionnels du territoire de tester la bio en grandes cultures

Sur les communes de Douai et Sin le Noble, Douaisis Agglo (Nord) aménage l’éco-quartier du Raquet. Ce site étant situé dans une aire d’alimentation de captage d’eau potable, la collectivité locale souhaite agir à la protection de cette zone, notamment par le développement de l’agriculture biologique. Douaisis Agglo porte également un projet de développement de l’agriculture biologique, intitulé BIOCAD, qui réunit une grande variété d’acteurs intervenant dans le domaine de l’agriculture, de l’eau et du développement territorial

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Innover dans le soutien aux agriculteurs intéressé par l’agriculture biologique

 

La zone comprend plusieurs parcelles agricoles qui ont vocation à être urbanisées à l’avenir. Douaisis Agglo s’empare alors de l’opportunité d’y faire une zone test en grandes cultures biologiques, pendant une petite décennie. En 2016, Douaisis Agglo récupère 12 ha de ces parcelles agricoles à des agriculteurs conventionnels en baux précaires qui n’étaient pas intéressés par le mode de culture biologique. La collectivité lance un appel à candidature auprès des 200 agriculteurs du territoire : s’ils sont intéressés par l’agriculture biologique mais ne l’envisagent pas sur leurs fermes pour l’instant, Douaisis Agglo leur propose de se tester sur ces 3 parcelles de 4 hectares chacune.

Il est demandé à chaque candidat.e de préciser son projet de conversion et commercialisation en bio. Huit agriculteurs répondent à cet appel à candidature et trois sont finalement retenus.

La mise à disposition de ces parcelles se fait via un contrat de prêt à usage annuel et renouvelable tacitement qui mentionne les engagements de Douaisis Agglo et du producteur. L’engagement de recourir au mode de culture biologique est inscrit dans cette convention qui régit les conditions d’utilisation du site. La culture biologique nécessite la certification des terrains en bio, à la charge des agriculteurs retenus.

Retrouvez cet appel à candidature via ce lien.

Des installations-conversions en bio…

Les agriculteurs retenus sont deux agriculteurs (GAEC) en polyculture et élevage de bovins viande, et deux double-actifs en pré-installation liés à des fermes en grandes cultures conventionnelles (familiale et hors cadre). Ces agriculteurs bénéficient d’un accompagnement collectif et technique de Bio en Hauts-de-France et de la Chambre d’agriculture.

A proximité immédiate de la zone test du Raquet, Douaisis Agglo a permis l’installation d’un Jardin de Cocagne (insertion et maraîchage biologique) sur 2,5 ha en 2018, permettant une continuité logique de la culture en bio sur cette zone de captage de l’eau potable.

Les parcelles ont été implantées en luzerne pour commencer, une culture qui a de nombreux avantages : nettoyage des parcelles (adventices annuelles et vivaces), pouvoir restructurant des racines, apport d’azote pour les cultures suivantes et production de fourrages pour les bovins du GAEC (pour en savoir plus sur la culture de luzerne, découvrez cet article du site « produire-bio »). De plus, pendant cette période de conversion les produits ne peuvent pas être vendus en bio, il est ainsi préférable de s’engager dans une culture à faible coût.

Afin de commencer à tester les pratiques bio plus rapidement, notamment le désherbage mécanique sur céréales, un des producteurs a également cultivé du triticale et du maïs.

Après deux années de conversion et d’expérimentation des pratiques bio, les agriculteurs engagés ont tous souhaité convertir leurs propres exploitations en bio. Ils souhaitent aujourd’hui profiter de cette zone-test pour tester des cultures innovantes ou peu produites en bio en région afin de diversifier leur assolement, comme le colza et les légumes secs.

La zone test du Raquet se transforme ainsi en zone d’expérimentation, en partenariat avec des instituts techniques : essai en colza, tournesol, pois chiche et même soja.

Le GAEC et un des nouvel installé ont décidé de travailler ensemble sur les cultures mais aussi d’investir dans du matériel en commun et avec d’autres producteurs conventionnels, en réflexion ou non. Ils ont donc créé une CUMA mixte en 2018 et sont en lien avec une autre CUMA du territoire.

La zone test du Raquet est un espace vitrine, pour les collectivités qui souhaitent innover en faveur de la transition agricole de leurs territoires, et pour les agriculteurs conventionnels intéressés par l’agriculture biologique.

…qui s’étendent au-delà de la zone test

L’un des critères de sélection était la motivation des agriculteurs à convertir des parcelles également sur leur ferme. C’est pari gagné car cette zone test a permis de convertir près de 300 ha supplémentaires en trois ans, cette fois-ci au sein des trois fermes.

Douaisis Agglo cherche aujourd’hui à renouveler cette opportunité de test en grandes cultures bio avec d’autres agriculteurs intéressés du territoire, et étudie la mise à disposition d’autres terres agricoles en propriétés publiques. 

 

  • Témoignage de Michel Delille, agriculteur sur la zone-test du Raquet
 

« Nous sommes trois fermes à nous partager ces 12 ha que nous menons en bio. Deux fermes étaient, au début de ce projet, exclusivement en agriculture conventionnelle. De mon côté, je ne suis pas encore officiellement installé mais la ferme de mes parents que je reprendrai prochainement, sur le territoire de Douaisis Agglo, est déjà engagée en partie en bio.

Pour nous ces parcelles nous permettent de rallonger notre rotation bio sur la ferme familiale en expérimentant de nouvelles cultures, rares en région, surtout en bio (tournesol, pois chiche, soja), une fois passée les deux années de luzerne. Pour les deux autres fermes, c’est une première expérience en bio.

Avec l’une des autres fermes, nous travaillons en commun sur cette zone du Raquet : assolement en commun et matériel en commun via la création d’une CUMA « bio »  créée il y a peu sur le territoire. Cette Cuma à aussi permis une nouvelle synergie entre des agriculteurs du territoire, qu’il soient bio ou non.

Cette zone test du Raquet est une bonne opportunité : le risque économique est très faible puisque nous n’engageons que des frais de semences et de travail du sol. En cas d’échec d’une culture en bio, l’impact économique est minime. C’est l’occasion pour nos exploitations de se tester en cultures bio ou de mener des tests culturaux en bio que nous n’aurions pas fait sinon, ou pas à cette échelle. Et nous bénéficions de l’accompagnement et du suivi technique de Bio en Hauts-de-France et de la Chambre d’agriculture, partenaires du projet bio territorial de Douaisis Agglo, ainsi que de Terres Inovia pour les cultures de cette année.

Une fois lancé en bio, les deux autres fermes associés à cette zone test ont également converties des terres en bio sur leurs exploitations conventionnelles.

Douaisis Agglo est engagée depuis longtemps en faveur de l’agriculture de son territoire, et notamment le développement de la bio. Si ça marche, c’est aussi parce qu’il y a une confiance mutuelle, nous avons l’habitude d’échanger avec l’agglomération par le bais des élus en direct et aussi de son service « développement territorial », qui est dans une posture d’écoute, de dialogue et  de création d’opportunités, comme avec cette zone test du Raquet ».

Une expérience similaire à Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), quelques années auparavant

Extrait d’un article du CERDD (à retrouver ici)

Suite à l’acquisition de 15 ha de terre agricole, la ville de Loos-en-Gohelle lance un appel à projet à destination des agriculteurs loossois afin de les inciter à se convertir à l’agriculture biologique, et ainsi développer l’offre de produits bio locaux.

Ces terres sont mises à disposition des agriculteurs à condition qu’ils cultivent cette terre agricole communale en bio d’une part et son équivalent en surface sur leur propre exploitation. C’est là aussi le principe du fifty-fifty, un hectare de la commune exploité librement aux conditions de la bio par un agriculteur suppose un ha exploité en bio dans sa propre exploitation. Cinq agriculteurs sont entrés dans ce dispositif et ont créé le groupement BIOLOOS. L’animation de ce groupement est facilitée et dynamisée par une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Materiels Agricoles) déjà existante et la présence d’un agriculteur bio.

Pour Julian Perdrigeat, de la commune de Loos-en-Gohelle, « La conduite du changement passe par des collectifs, la CUMA, le fifty-fifty sont des dispositifs qui favorisent le changement par l’enthousiasme, le partage, le soutien… ».

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