Eau de Paris – AAC de la vallée de la Vigne et du Gonord

EAU DE PARIS

eau de paris vigneL’aire d’alimentation des sources de la Vigne et de Gonord

L’aire d’alimentation des sources de la Vigne est un territoire rural caractérisé par une vulnérabilité importante et sur lequel les enjeux de protection de la ressource sont majeurs pour l’alimentation en eau potable de la population locale et parisienne. Les actions sur les pratiques agricoles se sont principalement concentrées sur la diminution des intrants dans les systèmes conventionnels. La création au sein d’Eau de Paris d’un poste de « chargé de mission agriculture et territoire » a permis en 2013 de relancer les actions autour du développement de l’agriculture biologique, en associant l’ensemble des acteurs de l’agriculture biologique du territoire. Une nouvelle dynamique a été enclenchée, permettant de nouvelles conversions.

Territoire

Aire d’alimentation des sources de la Vigne et de Gonord • Les sources de la Vigne sont gérées par la régie municipale Eau de Paris, la source Gonord alimente Verneuil sur Avre et est gérée par le Syndicat d’Alimentation en eau potable de Verneuil Est. Ce territoire alimente également les captages de Rueil la Gadelière exploités par le syndicat de Brezolles • 33 communes concernées par l’aire d’alimentation

Agence de l’eau Seine-Normandie (AESN) • Régions Centre (28) et Normandie (27 et 61).

Superficie : 37 550 ha

Enjeu eau

Contexte réglementaire : captages prioritaires Grenelle • zone vulnérable nitrates

Cadres d’action mobilisés : Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’eau (SAGE) de l’Avre • Aire d’Alimentation de Captage (AAC) • Déclaration d’Utilité Publique (DUP) Périmètre de Protection de Captage (PPC)

Site Pilote Eau & Bio (2015)

Masse(s) d’eau concernée(s) : eau souterraine (aquifère karstique)

Enjeu : reconquête de la qualité de l’eau potable (nitrates, pesticides et turbidité)

Situation des communes desservies par les captages d’eau souterraine : en dehors (alimentation en eau de Paris) et à l’intérieur de l’AAC (Verneuil d’Avre et d’Iton, Rueil-la-Gadelière, autres collectivités)

Caractéristiques agricoles

Productions dominantes : grandes cultures • polyculture-élevage

Surface agricole utile (SAU) : 21413 ha dont 1430 ha en bio en 2021 (pour 17 exploitations), soit 7 % de la SAU en bio. Parmi ces surfaces, Eau de paris est propriétaire de 150 ha sur 2 fermes différentes.

Mots-clés

Animation en régie • actions territoriales multi-acteurs

Actions mises en œuvre

Au début des années 1990, l’augmentation de la teneur en nitrates sur les ressources Vigne depuis les années 1960 ont conduit Eau de Paris à lancer une action de gestion raisonnée de la fertilisation sur la partie eurélienne du bassin des captages, action labellisée FERTIMIEUX et menée en partenariat avec la Chambre d’Agriculture d’Eure-et-Loir et l’ITCF (ex-Arvalis). Sur ce même secteur, à partir de 1995, Eau de Paris a financé la mise en place de bandes enherbées le long des cours d’eau temporaires dans le cadre d’un contrat de jachère fixe écologique, financé par Eau de Paris.

Puis, entre 2005 et 2007, une action de conseil et d’animation a été développée à destination des agriculteurs volontaires situés en amont des captages, afin d’améliorer les pratiques culturales en gérant au plus juste la fertilisation azotée.

En 2008, s’appuyant sur le constat que la seule gestion de la fertilisation est insuffisante pour améliorer la qualité des sources, Eau de Paris signe une nouvelle convention avec la Chambre d’Agriculture 28 pour développer l’agriculture intégrée et l’Agriculture Biologique, sur une zone plus étendue, correspondant à la partie eurélienne du territoire. Des actions de sensibilisations sont proposées, des expérimentations sur des techniques de désherbage mécanique, un appui à la gestion de la fertilisation azotée et des suivis de pratiques agricoles. Dans cette convention il est aussi proposé des Mesures Agro-Environnementales Territorialisées (MAET) à partir de 2009 dont certaines pour l’Agriculture biologique (Bioconv et Biomaint revalorisées avec limitation de la fertilisation).

Le programme de mesures proposé a beaucoup évolué au cours du temps pour permettre progressivement d’engager les agriculteurs volontaires vers un changement de systèmes global et d’avoir des mesures incitatives sur l’Agriculture Biologique et les prairies vulnérables. En 2012, suite à la mise en place d’un partenariat avec Le Lycée Agricole de Chambray (27) et La Ville de Verneuil (gestionnaire du captage Gonord), le territoire d’action est étendu à l’ensemble de l’AAC et une animation agricole et territoriale est développée en complément de l’animation technique portée par la Chambre d’Agriculture.

L’animation pour le développement de l’Agriculture Biologique s’amplifie à partir de 2013 suite à un diagnostic territorial qui a initié la mise en place d’un groupe d’échange avec des conseillers agricoles bio du secteur et l’animateur UBIOS (embauché suite au subventionnement par Eau de Paris et l’AESN de la station de semences de Maisse dans l‘Essonne).

Accompagnement des changements de pratiques agricoles

eau de paris accompagnement
Diffusion de références techniques AB aux conventionnels

Depuis 2014 environ 2 évènements par an sont organisés sur les techniques & filières biologiques (grandes cultures et filières bovines) pour les agriculteurs conventionnels. Ils sont organisés par l’animateur de territoire ou l’animateur UBIOS, avec l’appui de conseillers techniques de Chambre d’Agriculture, groupement Bio ou de coopératives locales. La participation était faible au début (autour de 5 agriculteurs en moyenne) puis au fur et à mesure le nombre de participants a augmenté pour atteindre jusqu’à 40 participants en 2018.

En complément, fin 2016, un projet expérimental sur l’élevage à l’herbe, « Culture Prairies », a été lancé en partenariat avec le Groupement Bio de Normandie et les contrôles laitiers de l’Eure (Littoral Normand Conseil Elevage) et de l’Orne (ELVUP) pour démontrer la viabilité économique et environnementale de systèmes bovins herbagers sur le territoire. Un suivi technique poussé depuis 2017 de 2 exploitations permet de promouvoir des techniques de gestion de l’herbe (pâturage et fauche) auprès des autres agriculteurs du territoire. Un des 2 systèmes suivis est en agriculture biologique. Plus de détail sur le projet dans des vidéos sont disponibles en ligne :

Protection de la ressource en eau : Eau de Paris présente le projet Culture Prairies – YouTube

Echanges avec les éleveurs : le Changement  https://youtu.be/Y8LnHLGbqQo

Journée technique : https://youtu.be/lr7JxXWMq-s

eau de paris conversion

Des diagnostics de conversion avec étude économique sont par ailleurs réalisés par des partenaires ou prestataires d’Eau de Paris (ex : UBIOS-Biocer, groupements bio, Chambre d’Agriculture, contrôle laitier) pour des agriculteurs conventionnels intéressés. Cette étude avant passage en bio permet aux exploitants d’avoir toutes les données nécessaires pour une conversion réussie.

Acquisitions foncières

En complément des actions d’accompagnement des agriculteurs dans la transition de leur système, Eau de Paris développe une politique d’acquisitions foncières de terrains situés dans les zones vulnérables des aires d’alimentation des captages (AAC). Plus de détail sur cette action dans des vidéos en ligne :

Acquérir des terres : un outil pour accompagner les agriculteurs et protéger l’eau – YouTube

Acquérir des terres : un outil pour accompagner les agriculteurs et protéger l’eau – résumé – YouTube

L’action foncière a pour objectif de limiter les risques de pollution des nappes et de servir de modèle de démarches agricoles compatibles avec la protection de la ressource, en mettant en œuvre sur les terrains acquis, des pratiques garantes de la bonne qualité de l’eau : bandes enherbées notamment en bordure de rivière, maintien en herbe de parcelles, développement de l’agriculture biologique. La régie Eau de Paris s’engage à conserver la vocation agricole des parcelles en établissant des baux ruraux à clauses environnementales (BRE) avec des agriculteurs.

Sur les sources de la Vigne, la mise en œuvre de cette stratégie foncière s’est concrétisée par des acquisitions dès 2016 dont :

  • 68 ha dans l’Eure à Saint-Christophe sur Avre, permettant une installation avec passage en bio et le maintien d’une activité d’élevage bovin lait.
  • 81 ha en 2018 à Rueil la Gadelière (28), accompagnant ainsi la conversion à l’agriculture biologique de l’exploitant en place en grandes cultures.

Au total sur l’AAC, 8 agriculteurs sont en bail rural environnemental avec Eau de Paris en 2021, pour une surface de 190 ha. Les parcelles sont en prairies ou conduites selon le cahier des charges de l’agriculture biologique.

Dispositifs d’aides financières

Pour permettre le développement de systèmes agricoles qui protègent l’eau, Eau de Paris a décidé de mettre en place un programme d’aides propre pour la protection de la ressource sur ses territoires d’alimentation de captages. Initié en 2018, construit selon les principes d’un Paiement pour service environnemental avec les agriculteurs et des experts techniques, ce régime d’aides a été finalisé en 2019 et notifié à la Commission européenne dans le cadre d’une procédure de notification d’aides d’Etat. Le dispositif a été validé par la Commission en janvier 2020 et a été déployé dès cette même année. Il s’agit d’une première en France pour une entreprise d’eau.

Le nouveau régime d’aides compte 4 mesures ciblées sur plusieurs systèmes agricoles (grandes cultures, élevage de ruminants, agriculture biologique, zones sensibles). Il est déployé en partenariat avec l’Agence de l’eau Seine-Normandie (AESN), co-financeur à 80% des aides (le reste est pris en charge par Eau de Paris).

Sur le territoire AAC Vigne l’objectif est de poursuivre le développement de l’AB pour atteindre 7% SAU AB en 2025 (CTEC 2020-2025 avec l’AESN).

eau de paris vigne

Structuration des débouchés

Pour que les actions soient durables, celles-ci sont réfléchies autant que possible dans des logiques de filières. Le territoire peut s’appuyer sur des circuits longs en bio, qui sont à proximité et collectent sur le territoire : BIOCER, AXEREAL et NATUP pour les grandes cultures, BIOLAIT et LACTALIS pour le lait, NVBio/UNEBIO pour la viande.
La conversion d’une exploitation en polyculture-élevage en 2014 a permis l’émergence d’une filière de collecte par BIOLAIT sur le territoire : collecte de lait bio chez cet agriculteur et un autre agriculteur bio qui peut enfin valoriser sa production en agriculture biologique.

Un travail est effectué avec les filières agricoles dans l’évolution des pratiques agricoles (coopératives engagées dans le conseil agronomique individuel pour diminuer les intrants). Par ailleurs, un animateur d’UBIOS-Biocer dont une partie du temps est dédié à ce territoire (0.3 ETP) entre 2014 et 2021 pour accompagner des projets de conversion bio, apporter les éléments techniques liés aux filières, rencontrer les agriculteurs conventionnels, organiser avec le chargé de mission Eau de Paris des animations et groupes d’échanges techniques & filières, est présent sur le territoire. L’intervention d’Union BioSemence et Biocer intervient en contrepartie de l’aide à l’investissement d’Eau de Paris à l’achat de la station de semence par Union BioSemence. La convention de subventionnement s’est terminée fin 2021.

Communication – sensibilisation

Des interventions sont réalisées auprès des futurs agriculteurs dans les lycées agricoles à proximité.
Plusieurs vidéos de communication sur les actions d’Eau de Paris sur le territoire ont été réalisées ou sont en cours de réalisation. Une série de vidéos a été produite sur le projet Culture Prairies afin d’expliquer le projet à une large diversité de public, à la fois les agriculteurs avec des capsules techniques, et l’ensemble du public. Une vidéo sur la stratégie foncière d’Eau de Paris a également été réalisée en 2020.

D’autres actions de communication ont été ou pourront être mises en œuvre de manière ponctuelle en fonction des besoins : publication d’un bulletin d’information à destination des agriculteurs du territoires, mise en place de panneaux de communication sur l’engagement des agriculteurs au niveau des exploitations, etc.

Gouvernance

Eau de Paris définit et pilote les actions de protection de la ressource en eau sur l’AAC en tant que gestionnaire de captage responsable de la protection de l’eau destinée à l’alimentation en eau potable. Elle coordonne l’ensemble des actions qui s’y rapportent. Cette implication forte est assurée par le Service Protection de la Ressource et Biodiversité d’Eau de Paris, et s’appuie également sur des échanges avec les autres syndicats d’eau ou régies situés sur le même secteur.

Ses missions sont notamment les suivantes :

– Portage du plan d’action, communication sur les enjeux de protection de la ressource en eau et sur le plan d’action ;

– Organisation, mise en œuvre, suivi et évaluation des actions pour la protection des captages.

Le suivi et l’orientation des actions sont discutés au sein de comités de suivi rassemblant les différents partenaires. La démarche de protection des captages Grenelle est suivie par un comité de pilotage plus large incluant les services de l’Etat et d’autres acteurs locaux.

Éléments financiers

  • Implication des gestionnaires des captages, aidé de l’AESN : 1 ETP
  • Temps passé par des partenaires sur l’AB (UBIOS, Chambre Agriculture Normandie et Eure-et-Loir, Littoral Normand Conseil élevage), aidé de l’AESN : 0,56 ETP
  • Ouverture de MAEC, aides à l’investissement, régime d’aide Eau de Paris, avec des financements de l’AESN
  • Appui technique, documents de communication, organisation des journées techniques, essais : financement Eau de Paris avec aide de l’AESN.
  • Aide à l’investissement pour la station de semences à Maisse par Eau de Paris et l’AESN

Résultats

  • Environ 40% des agriculteurs impliqués sur l’AAC (participation aux animations, expérimentation, contractualisation MAEC, BIO et régime d’aide Eau de Paris), grâce à l’animation de territoire déployée.
  • Une bonne sensibilisation aux enjeux de protection de la ressource et une forte participation des agriculteurs aux animations Bio depuis 2017.
  • Multiplication par 20 de la surface en agriculture biologique en 10 ans (73 ha en 2011, 1430 ha en 2021)
  • 190 ha acquis et mis à disposition d’agriculteurs en BRE Herbe ou AB
  • Implication de nombreux partenaires techniques & filières sur l’aire d’alimentation des captages

Facteurs de réussite

  • Implication forte de la régie dans la mise en œuvre d’actions pour la protection des captages, par le biais de moyens humains et financiers à la hauteur de l’enjeu (avec le soutien de l’AESN), et portage politique fort et ambitieux
  • Une animation de territoire portée par la collectivité pour regrouper les acteurs et lancer la dynamique, un accompagnement technique pour garantir la durabilité des changements
  • Développement de partenariats efficaces avec les acteurs du territoire et notamment des structures techniques (animation, conseil agricole)
  • Des acquisitions foncières qui permettent de montrer la faisabilité de systèmes bio sur le territoire
  • Le levier de la filière « Biolait » pour développer les conversions et la présence de filières grandes cultures structurées.
  • La crédibilité technique et économique de l’agriculture biologique grâce aux nombreux acteurs qui y travaillent de concert.

Difficultés rencontrées

  • Concurrence possible des systèmes conventionnels accompagné dans le régime d’aide et un temps d’animation important qui y est dédié
  • Le déclin de l’élevage
  • L’absence de débouché sur la luzerne pour des systèmes grandes cultures

Perspectives

  • eau de paris perspectivesDiffuser les résultats techniques et économiques du projet Culture Prairies pour favoriser le développement de systèmes herbagers en bio
  • Poursuivre les animations techniques favorisant les échanges entre agriculteurs bio et conventionnels et la diffusion d’informations par des conseillers sur les techniques & filières AB.
  • Favoriser ou appuyer la construction de filières courtes pour l’approvisionnement de cantines parisiennes et locales en produits bio. 
  • Poursuivre les acquisitions foncières pour appuyer le développement de l’agriculture bio.
  • Valoriser l’impact positif des actions de protection de la ressource en eau sur la biodiversité, la trame verte et bleue et le climat

 

C’est à refaire

  • Faire venir et parler les filières en bio susceptibles d’intervenir sur un territoire donné ;
  • Donner une image crédible et technique de l’agriculture biologique en s’appuyant sur des références et des exemples concrets et locaux ;
  • Territoire avec des profils d’agriculteurs chez qui il est possible de parler de performance économique et de rentabilité de l’exploitation, du fait d’un potentiel de production plutôt limité.

Contacts

Manon ZAKEOSSIAN • Responsable du Service Protection de la Ressource et Biodiversité • Eau de Paris • manon.zakeossian@eaudeparis.fr

Marion PAVY • Responsable Pôle Agriculture et Territoire – Service Protection de la Ressource et Biodiversité • Eau de Paris • marion.pavy@eaudeparis.fr

Isabelle CADIOU • Chargé de missions Agriculture et Territoire – Aire d’alimentation des Sources de la Vigne et du Breuil • Service Protection de la Ressource et Biodiversité • Eau de Paris • 02 37 43 03 47 • florent.ghekiere@eaudeparis.fr

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