Comprendre les interactions entre filières agro-alimentaires et les territoires

Le 18 mars dernier, Simon Hallez de Bio en Hauts de France intervenait devant une trentaine de collectivités participantes au projet « FilTerBio – Filières bio territorialisées » financé par l’Office Français de la Biodiversité.

Une filière agro-alimentaire, c’est quoi au juste ?

Une « filière » désigne couramment l’ensemble des activités complémentaires qui concourent, d’amont en aval, à la réalisation d’un produit fini. Lorsque l’on parle de filières, un focus particulier est mis sur les relations entre les acteurs intervenant aux différentes étapes de :

  • la fourniture de matières premières (agrofournitures) ;
  • de production ;
  • de collecte ;
  • de transformation ;
  • de stockage ;
  • parfois de négoce;
  • et de distribution.

Simplification, concentration et spécialisation : une dynamique à enrayer

Depuis plusieurs dizaines d’années l’agriculture s’est appuyée sur des principes proches de ceux appliqués dans le secteur industriel : économies d’échelles, priorité aux avantages de la ferme/du territoire comparés aux autres, gains de productivité basés sur l’optimisation des processus et le progrès technique. Ces principes lui ont permis d’augmenter drastiquement ses rendements depuis la seconde guerre mondiale, mais les limites de ce modèle sont aujourd’hui de plus en plus évidentes. La productivité cesse d’augmenter et les impacts sur l’environnement (eau, air, sol, biodiversité, climat) sont désastreux.

impact filières agroalimentaires sur les territoires

Illustration de la simplification et de la spécialisation des paysages agricoles

En effet, depuis la seconde moitié du 20ème siècle, l’agriculture française s’est progressivement spécialisée, région par région en fonction des productions pour lesquelles elles disposaient de l’écart de productivité le plus fort en leur faveur.

Ainsi, avec leurs sols particulièrement riches et adaptés à la production de céréales, conjugués à des politiques agricoles très incitatives, les plaines d’Ile-de-France se sont spécialisées dans les grandes cultures. Le principe a été poussé à l’extrême : aujourd’hui ces grandes cultures couvrent plus de 90% des terres agricoles de la région.

Si la modernisation de l’agriculture a permis de combattre la faim en France et dans le monde, ses excès risquent, à terme, de l’augmenter.

Les solutions techniques sur lesquelles s’appuie l’agriculture intensive (mécanisation, engrais, produits phytosanitaires, antibiotiques, semences sélectionnées sur la productivité…) ont peu à peu remplacé la main d’œuvre agricole dans les fermes. Cette tendace se lit aussi dans la baisse du nombre de chefs d’exploitations : ils étaient plus de 670 000 en 1993 et ils ne sont plus que 320 000 aujourd’hui.

Mécaniquement, cette diminution de la démographie agricole a entrainé une augmentation de la taille des exploitations : les fermes qui ne trouvent pas repreneurs lors du départ à la retraite des exploitants partent à l’agrandissement de fermes voisines, empêtrées dans une course infinie à la productivité.

Les fermes étant de plus en plus grandes, leur dépendance aux solutions techniques (engrais, mécanisation…) augmente. Elles se spécialisent alors de plus en plus sur certains types de cultures, nourrissant ainsi la dynamique de spécialisation du territoire.

La simplification et la spécialisation des systèmes de production a des impacts sur l’ensemble des filières.

Premièrement, la disparition de certains outils de transformation sur le territoire. On ne trouve plus aujourd’hui d’abattoirs partout en France, en particulier dans les régions qui ne sont pas spécialisées dans les productions animales, comme l’Ile de France ou les Hauts-de-France.

Deuxièmement, le surdimensionnement des outils de transformation. Aujourd’hui, ces infrastructures ne sont plus adaptées pour traiter de petits lots. A titre d’exemple, les sucreries françaises ont une capacité de transformation comprise entre 4.000 et 23.000 tonnes de betteraves par jour, ce qui n’est absolument pas adapté aux volumes produits par la majorité des fermes bio.   

Évolution du nombre et de la répartition des sucreries dans les départements de France métropolitaine entre 1960 et 2010

La simplification des systèmes de culture entraine malheureusement un accroissement des usages de pesticides qui va de pair avec une dégradation du sol, de la ressource en eau et de la qualité de l’air. Cette spécialisation entraine aussi un plafonnement des rendements en grandes cultures, déjà observable aujourd’hui.

S’appuyer sur les principes fondamentaux de l’Agriculture Biologique pour faire émerger de nouvelles filières.

Deux principes fondamentaux de l’Agriculture Biologique peuvent agir comme garde-fous pour endiguer la dynamique de simplification/spécialisation/concentration que nous venons de caractériser :

  • l’importance du triptyque sol-plante-animal
  • la diversification culturale.

Triptyque sol-plante-animal

En refusant l’utilisation d’engrais chimiques de synthèse, l’agriculture biologique remet la complémentarité entre production animale et production végétales au cœur de l’agriculture.

Car c’est en effet un principe vieux comme le monde : le végétal nourrit l’animal, et l’animal (par ses déjections) favorise le développement du végétal.

Cette relation est à penser à plusieurs échelles.

  • À l’échelle des fermes, elle permet de réduire la dépendance aux engrais (en particulier aux engrais chimiques de synthèse), ce qui permet de préserver la qualité de l’eau, de l’air et préserve le climat. Elle réduit également l’exposition de la ferme aux chocs sur les marchés extérieurs (énergie, intrants, etc.)
  • À l’échelle de territoires plus vastes, cette complémentarité production végétale/production animale permet d’éviter les spécialisations agricoles territoriales trop fortes (ex : élevage en Bretagne) et leurs effets délétères sur l’environnement (ex : prolifération d’algues vertes).

Diversification culturale

La diversification culturale et notamment les rotations (qui consistent à faire se succéder des cultures de différentes natures sur une même parcelle) permettent :

  • de mieux gérer l’enherbement des parcelles,
  • d’augmenter la fertilité des sols,
  • de mieux maitriser les maladies et les ravageurs et
  • d’augmenter la stabilité économique des fermes.

Ces bénéfices permettent de réduire drastiquement la dépendance des fermes bio aux pesticides, aux engrais, aux semences orientées vers le gain de productivité ainsi qu’aux herbicides.   

Relocaliser des filières de diversification de taille intermédiaire

Lever les verrous organisationnels : entre changement de paradigme et ruptures technologiques​

Compte tenu du chemin suivi par la majorité des exploitations agricoles depuis le milieu du 20ème siècle et de son implication sur la répartition géographique et le dimensionnement des différents acteurs de l’aval des filières agro-alimentaires, l’émergence de filières bio territorialisées prend du temps. 

BDe nombreux exemples existent déjà. Retrouvez 12 exemples de filières bio territorialisées dans le guide FNAB disponible ci dessous :

Pour en savoir plus sur les filières bio territorialisées, rendez-vous sur cet article

Le projet FilTerBio est soutenu par l’Office Français de la Biodiversité

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